Emmanuelle Guilbot et Laurence Mellinger ont servi de catalyseur à la création d’une œuvre collective éphémère faite de petites choses essentielles de la vie.
Archives Denis Sollier
Ce samedi, le quartier Wolf/Wagner va vivre la fin d’une grande aventure. Le Chantier enchanté, œuvre collective éphémère, fera la fête pour la dernière fois. Ses deux muses, les plasticiennes
Laurence Mellinger et Emmanuelle Guilbot, invitent tous les habitants à partager cette journée.
Elles ont débarqué un matin d’avril 2007 en salopette verte, leur chapeau de paille, leur brouette et leurs outils de jardinage.
Leur projet : créer une œuvre collective éphémère à partir de matériaux naturels avec les habitants.
« On nous a mis à disposition un terrain de 18 ares, explique Emmanuelle Guilbot, responsable du projet. Notre objectif était d’ouvrir les personnes à une démarche artistique, les
sensibiliser à l’environnement, favoriser la rencontre… »
Elles sont venues avec l’ambition modeste d’impliquer le plus possible les gens, de leur donner le goût de faire ensemble, des petites choses simples et essentielles. Retrouver le rythme des
saisons et les vertus de la patience en cultivant un jardin, organiser des fêtes où chacun apporte son savoir-faire culinaire et donne un peu de son temps…
« Au cours des différents ateliers, on a touché 800 personnes. On a mené 32 projets différents, et lors des grands rassemblements, les fêtes et les temps forts, environ 1 500 personnes
étaient présentes. »
Au-delà du bilan comptable, il y a la rencontre. Tous ces gens qui sont venus, ont échangé, se sont réjouis ensemble. Tous ces gens qui garderont le souvenir heureux du troc vert du
1er mai dernier, de la cuisson nocturne de céramiques dans un four en terre et papier glacé en août 2007, des piscines éphémères cet été, de la construction du barbecue collectif ou
du four à pain, des bonnes soupes partagées…
Mon plus beau souvenir ? J’ai planté ma première graine
« Ce que j’ai trouvé le plus beau, c’est de voir les enfants s’ouvrir à un potentiel créatif, les voir découvrir eux-mêmes tout ce qu’ils étaient capables de faire… », explique
Emmanuelle Guilbot.
Grâce à leur constance et leur disponibilité, les artistes ont réussi à faire des habitants les vrais acteurs de cette expérience collective. « On a eu un accueil très chaleureux sur le
terrain, poursuit Emmanuelle. Beaucoup de liens se sont tissés. »
« Ça fait 30 ans que j’habite ici, témoigne Brigitte, ce qu’elles ont fait, c’est vraiment bien… Elles nous ont mis en relation les uns avec les autres. Aux fêtes, il y avait
énormément de monde et tous les gens étaient ravis. »
« J’ai envie de dire chapeau à ces deux dames en salopette ! Grâce à elles, on se sentait vraiment à la campagne, raconte Françoise, elles ont su transmettre leur savoir-faire. Les
enfants ont acquis quelque chose de spectaculaire. Elles ont eu beaucoup de patience. » Le Chantier enchanté est une fierté partagée. « Les habitants ont apprécié ce changement
radical, le Chantier a fait du bien dans tous les sens… Les gens ont été heureux de ces choses qui se passaient chez eux. Quand on lit un livre, on l’ouvre à la première page et un jour, on le
referme. Pour moi, ce Chantier, c’est un livre qui restera toujours ouvert. »
Marie-Christine et Olivier constatent que « le Chantier a redonné des repères aux enfants, grâce à l’expérience des plantations et de la terre, le recyclage des déchets… Ils ont appris tout
plein de petites choses. »
« Mon plus beau souvenir ? C’est tout bête, explique Dolorès. J’ai planté ma première graine qui a donné un tournesol. Elle a poussé chez moi et après, j’ai redonné le tournesol au
Chantier où il a pu grandir. C’est comme mon premier bébé. » Le Chantier enchanté, c’est aussi l’expérience précieuse du don.
Samedi, les habitants sont invités à mettre dans une boîte collective un souvenir, la boîte sera symboliquement enterrée. « Je crois que je mettrai une graine de tournesol dans la boîte…
», conclut Dolorès.
Frédérique Meichler
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